Tortue-Express, Sandra Le Guen et Mauréen Poignonec

Jolie sortie du jour ! Tortue-Express raconte l’histoire d’une drôle de nounou qui vient chercher des enfants : d’abord le bébé, puis la petite et enfin le grand garçon ! Celui-ci est boudeur aujourd’hui : il est toujours celui qui attend le dernier, cette tortue qui est si lente ! Mais Tortue sait comment lui parler et il retrouve le sourire. Petit passage au marché pour préparer le goûter du lendemain, et la tortue n’oublie pas d’être vigilante quand les enfants traversent sans regarder… Un délicieux périple de la sortie des classes à au domicile de la tortue, où les attend un bon goûter !⠀

« Le bébé babille, la tortue sifflote. »

Derrière cette belle oxymore se cache une très mignonne petite histoire, illustrée à merveille par Maurèen Poignonec ! La tortue est un personnage ponctuel et élégant, une force tranquille à laquelle les enfants semblent très attachés. On comprend qu’ils ont l’habitude de la voir ! Malgré sa lenteur, elle prend soin d’eux avec la plus grande attention. On pourra noter quelques sympathiques clins d’œil au précédent titre des autrices, Taxi-Baleine (qu’il me tarde maintenant de découvrir !). Le temps fort de l’histoire reste vraiment la chute, que je ne vous dévoile pas, mais qui apporte beaucoup de tendresse et de réalisme ! Alors, qui vient prendre le goûter chez Tortue-Express ?⠀

Little Urban, mars 2021, 32 p.

Ma note : ★★★★☆

L’homme le plus flippé du monde, Théo Grosjean

Théo Grosjean nous offre, dans ce premier volume de L’homme le plus flippé du monde, le recueil d’anecdotes d’un anxieux ! Il parlera à tous les anxieux et anxieuses, même s’il met le curseur assez haut, niveau vie intérieure ! Dans des scènes du quotidien, ses petites histoires racontent ses angoisses : mort, maladie, regard d’autrui… La projection et l’anticipation sont ici à la fois des sources d’angoisses et des vraies sources d’imagination !⠀

« Si ça s’trouve, je revis la même journée depuis des milliers d’années et ma mémoire est réinitialisée à chaque réveil ! Mais de temps en temps, ça bugue, et je me souviens pendant quelques secondes du jour précédent, d’où l’impression de « déjà-vu » ! »

Une chouette petite BD dont le point fort est évidemment l’humour ! Ça sent le vécu et c’est raconté avec beaucoup d’autodérision. Je dois reconnaître que je me suis retrouvée dans quelques unes de ces histoires (je pense notamment à la tendance à s’excuser pour un rien haha). Le dessin est très sympa et figure bien l’état d’angoisse du personnage. Il y a d’ailleurs une prédominance des bulles de pensée : même quand une situation semble stable et que tout est calme, les pensées prennent le dessus ! Un super album pour relativiser et prendre du recul sur nos petits tracas du quotidien !⠀

Delcourt, juin 2020, 128 p.

Ma note : ★★★☆☆

Les oreilles d’Alphonse, Ambre Lavandier et Florence Voegele

C’est un comble ! Alphonse, le dernier né de la famille Dessibelle, n’a pas d’oreille ! Cela le rend très triste et isolé de sa propre famille. Il ne peut pas partager leurs moments de joie car il ne les entend pas… Il se sent rejeté. Mais au cours d’une promenade, il découvre un arbre à oreilles ! Il se prend à cueillir et essayer chaque paire, sensible à des bruits différents. Quand enfin il trouve la paire idéale, il la porte et se rend à sa fête. Cependant, il a cette fois l’impression que tout le monde fait trop de bruit autour de lui !⠀

« Au pays des éléphants, tout le monde est très fier de ses oreilles. »

Depuis Dumbo, les histoires de petits éléphants me touchent énormément ! L’album fait d’ailleurs de jolis clins d’œil à des éléphants de fiction que nous connaissons bien : Dumbo, Babar, Elmer… Je l’ai trouvé très chouette, cet album ! Derrière des illustrations acidulées, jouant avec les couleurs fluo, on a avant tout l’histoire d’une différence et de la manière dont elle est perçue. Il y a de belles trouvailles, notamment cet arbre à oreilles : ainsi, les oreilles humaines entendent les PIN PON, les oreilles du léopard entendent les gazelles, celles de l’âne, les mouches ! Les essayages d’oreilles transporteront le lecteur dans une ambiance à la Pretty woman avec oreilles détachables ! Un super album à écouter les oreilles grandes ouvertes !⠀

Didier jeunesse, mars 2021, 36 p.

Ma note : ★★★★☆

Starling, Mélanie Taquet

Emma est une trentenaire qui vit de sa passion pour l’écriture : autrice et blogueuse littéraire, elle semble se remettre difficilement d’une rupture qui a eu lieu il y a plusieurs mois. Quand sa coloc et meilleure amie Chiara l’emmène dans un pub, elle a le choc de retrouver Bilal, son ancien psychologue qui a laissé une marque bien vivace dans son esprit… Entre Londres, Paris et Prague, elle va tenter de se dépêtrer de ses sentiments contradictoires à son égard, épaulée par Chiara, réel soutien dans toutes les épreuves.⠀

« C’est la magie de la littérature. Parfois le livre est une clé qui vient débloquer une serrure intérieure. Tout est question de moment propice et d’ouverture d’esprit. Il suffit d’un mot, d’une phrase, et le verrou saute. »

J’avais adoré le précédent roman de l’autrice, Réponds-moi, une correspondance par e-mail qui s’étalait sur de nombreuses années. Starling m’a moins séduite, moins surprise. C’est une romance torturée, qui a parfois de faux airs d’auberge espagnole. Emma est une héroïne fragile, en reconstruction. Son lien avec Bilal tient en fil rouge tout au long du roman. Certaines scènes osées m’ont un peu gênée… je n’ai pas vu de réel intérêt pour l’intrigue de tant entrer dans le détail. En bref, je suis moins conquise que pour le précédent roman, celui-ci ne restera pas gravé.⠀

Eyrolles, collection Pop’ Littérature, février 2021, 335 p.

Ma note : ★★☆☆☆

Julian est une sirène, Jessica Love

Lors d’un trajet avec sa grand-mère, le petit Julian voit passer des femmes habillées en sirènes. Il n’a alors plus qu’une envie : leur ressembler ! Il s’imagine et se fabrique alors un costume improvisé de sirène, dans le dos de sa Mamita partie prendre un bain. Il se demande ce qu’elle va bien pouvoir penser de tout cela… et il est agréablement surpris quand elle l’emmène ainsi vêtu à la rencontre d’autres belles sirènes !⠀

« – Mamita, est-ce que tu as vu les sirènes ?
– Je les ai vues, mon chéri.
– Mamita, moi aussi je suis une sirène. »

Sur des pages au fond couleur kraft, Julian illumine cette histoire ! Avec des plantes, un rideau, le voilà devenu sirène. Cela donne de jolies scènes, très oniriques, qui mettent en scène les rêves d’un petit garçon. Il se déguise comme il l’entend et l’attitude de la grand-mère à son égard est géniale, d’une ouverture rare, sans jugement et même facilitatrice. On a donc affaire à un album qui comporte très peu de texte mais qui est un hymne à la liberté et à la tolérance. Chacun est libre d’adopter l’identité qui lui plait.⠀

L’Ecole des Loisirs, collection Pastel, mars 2020, 42 p.

Ma note : ★★★☆☆

Un jour, j’irai dans l’espace, David Litchfield

Un jour, la petite Lucy est assise sur un rocher et elle reçoit la visite d’un extraterrestre. Elle monte à bord de son vaisseau et elle y vit un moment merveilleux. Hélas, il est vite temps de redescendre sur Terre. Les années passent, et chaque année Lucy espère recevoir la visite de son ami venu de l’espace. Même adulte, elle continue à y croire. Malheureusement, il ne se montre pas. Mais un soir, devenue une vieille dame et ayant construit une famille, prise de nostalgie, elle revit la même scène que celle vécue pendant son enfance. L’extraterrestre l’emmène si loin de la Terre qu’elle réalise que ce n’est peut-être pas là qu’elle a envie d’être…⠀

« Là, elle grimpait sur le plus haut rocher et pointait sa lampe torche droit vers le ciel étoilé. Pleine d’espoir, elle attendait le jour où un extraterrestre viendrait la chercher. »

J’avais très envie de découvrir le travail de David Litchfield et je ne suis pas déçue. Il nous offre ici un album d’une grande beauté ! Il parle d’espoirs, de rêves, d’amitié mais aussi de famille et de tendresse. Avec sa chute, l’album délivre un joli message : s’il est important d’avoir des rêves, il ne faut pas oublier que ce qui compte réellement pour nous est parfois juste sous nos yeux. Un très joli album pour rêver la tête dans les étoiles… mais aussi redescendre sur Terre !⠀

Belin jeunesse, octobre 2019, 40 p.

Ma note : ★★★☆☆

La révolte, Eduarda Lima

Dans cet album, 3 couleurs uniquement se mêlent pour représenter des animaux. De nombreux animaux inhabituellement silencieux, qui ne se comportent pas normalement… Un oiseau s’arrête de chanter et c’est l’effet papillon : tous les autres s’arrêtent, provoquant une réaction en chaîne. La chute de l’histoire, c’est le pourquoi. Ce sont les méfaits de l’homme contre lesquels semblent se révolter tous les animaux. C’est une double page finale édifiante, qui nous met face à tous les lieux pollués par l’homme ; eau, air, ville, campagne, plage…⠀

« Tout a commencé quand un oiseau a arrêté de chanter. »

En peu de mots, le message est très fort ! L’album permet de se questionner sur ce qui est réellement anormal : s’agit-il de ces animaux qui sont soudainement silencieux ou de l’impact de la consommation humaine sur la vie des ces animaux ? On peut y voir une forme de solidarité inter-espèces face à l’absurdité. En plus d’être très beau, l’album est percutant et permet d’engager une réflexion avec les enfants sur le lien qu’ils font entre ce silence des animaux et la pollution humaine. Un album à recommander !⠀

La Joie de lire, février 2021, 34 p.

Ma note : ★★★★☆

Mon nom est zéro, Luigi Ballerini

Zéro vit dans un appartement ultra-connecté. Son seul contact avec un autre être vivant est la voix de celle qu’il appelle « Madar ». Elle le guide dans toutes ses actions depuis sa naissance. Son quotidien, c’est un entraînement intensif matin et soir et du pilotage de drones. Mais le jour où le système tombe en panne, la porte d’un monde nouveau s’ouvre à Zéro. Un monde beau mais surtout très effrayant. Un monde où la voix de Madar ne résonne plus. Sa route croisera celle d’un couple de pédiatres, qui tenteront de l’apprivoiser et de lui faire ouvrir les yeux. ⠀

« À coup sûr, Madar est en train de tout remettre en place. Bientôt tout va rentrer dans l’ordre. La lumière se rallumera, les écrans vont se réactiver, le tapis roulant va redémarrer et je pourrai continuer les exercices interrompus subitement. Je ferai aussi en sorte de rattraper le temps perdu, je n’ai vraiment pas envie d’accumuler du retard. »

Zéro, déshumanisé même dans son prénom, découvre l’humanité, avec toutes ses sensations et émotions. C’est un parcours initiatique qui bouleverse tous ses repères : ce qui lui semblait vrai est faux, ce qui lui semblait faux est vrai. Tout au long du récit, on suit le dialogue intérieur qui l’anime, la voix qui semble lui dire que sa place est auprès de Madar, seul dans son ancien appartement. Peu à peu, cette petite voix prend de moins en moins de place. On nous offre un autre point de vue, celui de la femme qui le découvre, qui le fait, en quelque sorte, renaître. Elle apporte un regard sur l’attitude extérieure de Zéro et une tendresse pour cet enfant-soldat qu’on a oublié de considérer comme un jeune garçon. Au final, c’est un roman dystopique assez divertissant, et finalement plutôt inquiétant ! ⠀

Amaterra, janvier 2020, 304 p.

Ma note : ★★★☆☆