Annie au milieu, Emilie Chazerand

Annie aime Dalida, sa poule Gigi l’amoroso et les majorettes. Annie est lumineuse, dodue, spontanée, aimante. Et accessoirement, elle possède un chromosome en plus. 

Dans la famille, il y a aussi Harold, le grand frère d’Annie, qui a arrêté ses études, et est amoureux d’un garçon. Deux faits qu’il cache à ses parents. Ce qu’il voudrait, lui, c’est aimer librement et faire de la cuisine. La petite sœur d’Annie, Velma, peine à trouver sa place dans la fratrie et cherche sans cesse à se rendre invisible, quand elle n’est pas occupée à dessiner.

Tous deux aiment leur sœur d’un amour inconditionnel. Tous deux mesurent aussi la place qu’elle occupe dans leur famille, notamment auprès de leurs parents. Quand Annie se fait exclure de l’équipe de majorettes, Harold lance une idée folle : toute la famille pourrait monter sa propre troupe de majorettes. Et laisser le ridicule de côté. Pour Annie.

« Je crois que les bonnes histoires commencent par un amour fou. Et les meilleurs d’entre elles finissent avec des fous. Qui s’aiment. »

Annie au milieu est un beau roman, qui questionne la place de chacun, notamment à l’adolescence, dans une famille qui accueille un enfant trisomique. Le personnage d’Annie est un vrai bonheur, solaire, tendre et rigolo. Une nouvelle fois, il y a beaucoup d’humour dans ce roman d’Emilie Chazerand, que j’ai trouvé plus touchant que Falalalala. Elle alterne les points de vue des trois frères et sœurs et c’est très émouvant, de les voir s’observer à travers les yeux des uns et des autres. Le sujet principal de ce livre, plus que le handicap, c’est la famille. Ses disputes, ses galères, mais aussi tout l’amour qu’ils se portent. Une bien jolie lecture.

Sarbacane, collection Exprim’, août 2021, 312 p.

Ma note : ★★★★☆

Plongée dans l’été, Sara Stridsberg et Sara Lundberg

Zoé a du mal à comprendre pourquoi son papa est parti de la maison, lui qui était si joyeux. Quand elle le retrouve, il est à l’hôpital et il est triste, très triste. Ce sont les médecins et les médicaments qui l’aident à rester sur terre. Zoé peine à saisir pourquoi il n’a plus envie de rentrer à la maison, de la voir, et surtout de vivre… Dans l’univers de l’hôpital psychiatrique, la petite fille rencontre Sabina, confidente souvent un peu ailleurs. Avec elle, elle attend son papa, tandis que les saisons passent.

« Partout dans ce bâtiment, il y a des anges qui viennent le voir. Mais ils ne viennent pas pour l’emmener, non. Ils veillent à ce qu’il reste bien sur terre, à ce qu’il ne s’envole pas. »

Cet album, traduit du suédois, est infiniment touchant, en plus d’être d’une beauté incroyable. Il aborde le thème de la dépression d’un proche, et raconte avec poésie la manière dont un enfant peut vivre cette situation compliquée à appréhender. C’est la première fois que je lis un album qui aborde cette question, et je dois dire que j’ai été très émue. Je suis conquise par le travail de l’illustratrice, des peintures douces et vaporeuses empreintes de réalisme. J’espère que d’autres de ses albums seront traduits en français ! Je vous recommande donc cet album, magnifique.

Gallimard jeunesse, avril 2021, 48 p.

Ma note : ★★★★☆

Gallinella petite poule rossa, Elsa Valentin et Florie Saint-Val

Un soir, une petite poule qu’on n’avait jamais vue posa son baluchon dans la cour de la farma. Les animali la saluèrent : « Hola, salam, hello, kalaharey, merhaba, i ni sogoma ! » La poule s’inclina et débita tout un charabia. La chatte Mouss, qui était savante, expliqua que cette poule avait fait un long viaggio, qu’elle demandait l’ospitalità, et qu’elle se nommait Gallina Rossa, qui signifie Poule Rouge… (résumé éditeur)

Pour une fois, je vous propose tel quel le résumé de l’éditeur afin de vous mettre dans le bain de cette revisite du conte La petite poule rousse ! Pour ceux qui connaissent, nous sommes dans la même veine que Bou et les 3 zours ou encore Chaprouchka, de précédentes revisites d’Elsa Valentin. Cet album est co-édité avec l’association Dulala et son originalité réside dans le fait qu’il vise à sensibiliser à la diversité linguistique. En effet, le texte mêle des mots d’une trentaine de langues étrangères ! Il est néanmoins largement compréhensible car il s’agit d’un conte bien connu, et le français reste prédominant.

« Les animali de la farma s’écrièrent alors :
« Bem-vinda ! Velkommen ! Benvenguda ! »
Et Mouss ajouta :
– Fais comme chez toi rek, et reste autant que tu voudras ! »

En fin d’album, Elsa Valentin nous propose un lexique des mots utilisés, avec leur origine et leur traduction (mais honnêtement, la plupart se comprennent grâce au contexte ou parce que ce sont des mots transparents). L’issue de l’histoire vous surprendra car elle n’est pas celle du conte original… Les belles illustrations colorées de Flore Saint-Val et la vitalité de du texte d’Elsa Valentin en font un album qui plaira aux petits (et aux grands) !

Syros, octobre 2021, 32 p.

Ma note : ★★★★☆

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle, Jo Witek

Efi a 14 ans et elle rentre chez elle pour les vacances scolaires. Ce qu’elle ignore, c’est que cette fois, elle ne retournera pas au collège. En effet, elle est « nubile », elle a atteint l’âge où elle est considérée comme pubère, et donc en âge d’être mariée. Sa famille lui a choisi un mari. On lui impose un homme qui a 15 ans de plus qu’elle et qu’elle ne connaît pas. Une union forcée, arrangée, qui la prive de son destin. Efi est une jeune fille intelligente, instruite, que l’on s’apprête à enfermer dans un monde de préoccupations ménagères, avec un homme adulte… Elle entre à peine dans l’adolescence… On ne connaît pas le lieu où prend place cette histoire : il peut épouser la réalité de nombreuses jeunes filles dans le monde, qui sont les victimes silencieuses de mariages arrangés.

« Était-ce ça de sortir de l’enfance ? Découvrir la laideur de la société avant d’y être sauvagement projetée ? »

Ce roman a été pour moi un vrai coup de cœur ! La plume limpide et engagée de Jo Witek a été une superbe découverte ! L’indignation de l’héroïne est retranscrite dans de nombreuses phrases percutantes, où pas un mot n’est de trop. J’aurais pu vous en citer des dizaines. Le sujet du mariage forcé est révoltant, d’autant plus qu’en ne situant pas géographiquement l’action, il devient universel. Jo Witek a écrit son roman à la première personne, dans la tête de cette jeune fille qui n’accepte pas ce destin qu’on lui impose : on ne peut que partager son indignation ! Le roman permet de prendre conscience que cela arrive toujours, même à notre époque. Je vous le conseille chaudement, tant pour la plume que pour le sujet abordé.

Actes Sud junior, février 2021, 176 p.

Ma note : ★★★★★

Ma Grande, Sibylle Delacroix

Elise est grande, très grande. Elle a souvent la tête dans les nuages et quand elle déploie son corps, on la dit maladroite. Mais elle, ce qu’elle voudrait, c’est qu’on arrête de l’appeler « ma grande ». Elle aimerait bien être plus petite, entrer dans la norme. Elle voudrait bien qu’on se rendre compte qu’elle est encore une petite fille. Il y a bien une personne qui ne l’oubliera jamais…

« Alors elle se plie, en deux, en trois, et même en quatre. »

Sibylle Delacroix nous offre un album d’une grande douceur, qui questionne la différence et la manière dont on peut se sentir en décalage avec l’image qu’ont les autres de nous. Elise est une enfant qui a grandi très vite, et qui doit apprendre à gérer un corps d’adulte alors qu’elle est encore un enfant au fond d’elle. C’est un personnage très attachant qui m’a beaucoup émue. Les illustrations sont d’une grande beauté : sur chaque page en noir et blanc, Elise et son univers se détachent par des couleurs rosées. La chute, tout en tendresse, rassure et fait chaud au coeur.

Mijade, juin 2021, 28 p.

Ma note : ★★★★☆

Moi, Malala, je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans, Malala Yousafzai

Malala est une adolescente qui s’est fait connaître pour son engagement en faveur de l’éducation des filles. Elle a d’ailleurs obtenu le prix Nobel de la paix à seulement 16 ans. Dans son autobiographie, elle raconte son enfance au Pakistan, sous l’emprise des talibans, et l’ouverture de son père, qui a fondé une école. Elle parle des restrictions qui pesaient sur les femmes, de la manière dont elle s’est battue et a pris la parole pour avoir le droit d’étudier. Elle parle aussi de l’attentat dont elle a été victime : elle a reçu une balle dans la tête à 15 ans mais elle continue, encore aujourd’hui à se battre pour que chacun puisse étudier.

« Je commençai à voir que la plume et les mots peuvent être bien plus puissants que les mitraillettes, les tanks et les hélicoptères. »

J’avais entendu parler de Malala car c’est une figure qui a été très médiatisée. Son autobiographie s’est révélée éclairante et m’a rendue admirative de son parcours. J’en ai également appris davantage sur le Pakistan, pays finalement assez récent, qui peine à trouver un équilibre. Les règles imposées par les talibans font évidemment beaucoup penser à ce qui se passe actuellement en Afghanistan. En lisant Malala, on mesure à quelle point l’éducation est une arme contre l’extrémisme et en faveur de l’émancipation des femmes. Je dois avouer avoir davantage survolé certains passages, notamment géopolitiques. Mais c’est un témoignage à lire, une ado incroyable qui a dû étudier en ayant peur pour sa vie, une figure de résilience et une militante convaincue.

Calmann-Lévy, octobre 2013, 390 p.

Ma note : ★★★☆☆

Le livre qu’il ne faut pas ouvrir, Steve Patschke et Roland Garrigue

Par une sombre nuit, quatre amis, Sami, Lucie, Sarah et Pierre, découvrent une caisse inquiétante sur laquelle est inscrite « NE PAS REGARDER ! NE PAS TOUCHER ! NE PAS OUVRIR ! ». À votre avis, que vont-ils faire ? Malgré le message, leur curiosité prend le pas sur la prudence et les voilà partis pour une étrange aventure, où tout ce qui pourrait les décourager les rend un peu plus téméraires ! Mais où s’arrête le danger ?

« NE PAS FAIRE QUATRE PAS ! NE PAS PRENDRE À DROITE ! NE PAS EMPRUNTER LE SENTIER TORTUEUX ! »

Un album excellent grâce à ses nombreuses adresses au lecteur, qui rendent la lecture participative. C’est le genre de livre que vous prendrez plaisir à lire à voix haute aux enfants ! Après chaque découverte (de plus en inquiétante), le narrateur fait une pause et nous gratifie de la question « À ton avis, que vont-ils faire ? ». Cela devient jubilatoire de miser sur la (trop grande) curiosité des enfants. Mais attention, quelques événements imprévus se produisent et la chute surprend tout le monde ! Inattendue et bien trouvée, vous verrez. Côté graphique, j’ai adoré retrouver le trait de Roland Garrigue. 

Glénat jeunesse, octobre 2021, 40 p.

Ma note : ★★★★☆

Mortel, Emmanuelle Houdart

À l’approche de la Toussaint, Emmanuelle Houdart nous propose un exposé archi-complet sur tout les enjeux que peut soulever un sujet qui nous concerne tous : la mort ! Elle s’intéresse d’abord aux personnages mortels (à commencer par Madame la Mort elle-même), puis elle répertorie les lieux mortels, les dangers mortels et enfin les plaisirs mortels. Je ne vous révèle pas le contenu de chacune de ces catégories afin que vous en gardiez la surprise ! 

Elle a osé ! Parler de la mort sans détour, en littérature jeunesse. Emmanuelle Houdart l’a fait. Il faut dire qu’elle aime s’attaquer à des sujets que l’on n’attend pas dans les albums (comme dans L’argent, sorti en 2013).

« Peste noire, sida, variole, rougeole, cancer, il existe plus de maladies mortelles que de parfums de glace, que de races de chiens, que de plages en France. Donc, dès que l’occasion se présente, profitez de la vie de tout votre coeur ! »

Mortel est un album insolite, étonnant, pas commun, audacieux ! Le texte, excellent, comporte beaucoup d’humour (noir). De nombreux « Le saviez-vous ? » apportent de la légèreté et accentuent encore le côté insolite, grâce à de vraies anecdotes autour de la mort (et les façons de l’appréhender dans différents pays du monde par exemple). D’ailleurs, j’ai aimé sa conclusion, qui invite à la vie ! Les illustrations sont époustouflantes. On mesure le travail qu’il a fallu pour aboutir à cette profusion de détails et de clins d’œil. Il faut aussi noter que l’album est étonnamment très coloré au vu de sa thématique ! Voici donc un album qui ne peut laisser indifférent.

Les fourmis rouges, octobre 2021, 48 p.

Ma note : ★★★★☆