La littérature de jeunesse, Nathalie Prince

Ce livre est une référence. Il s’agit ici de sa troisième édition, il a été initialement publié en 2010. Difficile de le résumer en quelques mots tant il est riche ! 

Nathalie Prince s’attache à essayer de définir les spécificités de cette littérature et tous ses paradoxes. Parmi ses spécificités, elle semble essentiellement caractérisée non pas par son contenu ou sa forme (extrêmement variés) mais par son destinataire. 

La partie sur l’histoire de cette littérature, du 17e siècle aux années 1970, permet de mettre en lumière toutes les évolutions qu’a connu l’acception « littérature de jeunesse » : d’une littérature initialement destinée aux adultes et lue par les enfants, à des livres à vocation morale et pédagogique, pour arriver à une littérature adressée, laissant la part belle à l’imaginaire. Nathalie Prince explique ensuite pourquoi les 50 dernières années constituent un vrai âge d’or pour la littérature de jeunesse. 

Enfin, Nathalie Prince s’attache à définir ce qui fait la particularité du lecteur de cette littérature. C’est d’abord un lecteur multiple (on ne lit pas les mêmes livres à 3 ans ou à 15 ans). C’est aussi un lecteur souvent précédé par un médiateur adulte, et cela pose donc la question du double destinataire. L’objet-livre a souvent une importance majeure : il peut être, par sa forme avant son contenu, objet du désir. La place de l’image y est importante.

« Il y a ainsi en quelque sorte trois espèces de livres d’enfants qui sont tous liés à une certaine idée de l’enfance. Il y a d’abord les livres que les enfants lisent alors qu’ils ne leur étaient pas destinés, comme des livres d’adultes volés pour les plaisirs de l’enfant. C’est là que se tiennent Perrault, La Fontaine et une première littérature de jeunesse informelle. Puis la littérature a cherché dans l’enfance un destinataire explicite, et c’est la grande période d’une littérature de jeunesse gouvernée par la morale et l’éducation. Mais ces livres, très souvent, peuvent être lus sans joie par des enfants contraints. Enfin, une littérature d’enfance et de jeunesse a su concevoir l’enfant pour ce qu’il est et non comme un adulte en devenir, et a su développer, très tardivement – à la fin de la deuxième moitié de XIXème siècle – une poétique et une rhétorique fondées sur un imaginaire proprement enfantin et dont les préoccupations morales et pédagogiques devenaient secondes. La plus récente littérature d’enfance et de jeunesse, forçant cette veine, a pris conscience de ses qualités, de ses mérites. »

J’ai aimé la conclusion de l’autrice, qui présente la littérature de jeunesse comme celle de tous les possibles, à la fois refuge et audacieuse, et avant tout définie par ceux qu’elle veut séduire : les enfants et les adolescents.

La littérature de jeunesse est donc un ouvrage érudit et passionnant, que j’ai pris plaisir à relire dans cette version actualisée, quelques années après ma première lecture à l’université. Si le récent ouvrage de Sophie Van der Linden, que j’ai présenté récemment, s’adressait de manière privilégiée aux médiateurs du livre, ici, on vise d’abord un public universitaire ou étudiant la littérature jeunesse. C’est un ouvrage théorique, fourmillant de références, qui place la littérature jeunesse au même niveau que les écumés classiques ! Une vraie littérature, dans toute sa complexité et sa fantaisie.

Armand Colin, avril 2021 (1e édition en 2010), 328 p.

Ma note : ★★★☆☆

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